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L’observation et la prise en compte des comportements du chien sont indispensables à la construction d’une relation équilibrée avec lui. Les instincts naturels des chiens sont en effet à comprendre pour les orienter, les modérer ou les encourager. Trouvez dans ces textes les informations, conseils et témoignages qui vous y aideront.

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Comportement

Le chien de recherche : un nez au service de la société

Par :

Dr Delphine CLERO (maître de conférence en médecine sportive et du chien d’utilité à l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport-Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort)

Pr Dominique Grandjean (responsable de l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport-Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort)

L’olfaction se définit comme l’aptitude que manifeste le système olfactif à individualiser les molécules actives dites odorantes, provoquant une réaction spécifique.

Dès l’apparition de l’espèce canine, l’olfaction a été pour elle un sens essentiel pour permettre la recherche de nourriture, la reproduction et donc la survie de l’espèce. L’olfaction s’est donc développée de façon extraordinaire chez le chien afin que ce dernier assure sa survie.

Lors de la première guerre mondiale, l’homme a commencé à utiliser les capacités olfactives du chien, qui est au jour d’aujourd’hui devenu un auxiliaire indispensable, et dont les domaines d’activité s’élargissent de plus en plus. L’olfaction permet de développer le rôle du chien au service de l’homme dans des domaines extrêmement variés : secours, police, justice, médecine,  environnement…

Pourquoi l’olfaction du chien est-elle plus développée que celle de l’homme ?

Lorsqu’on regarde le nez d’un chien, surtout dans les races médiolignes ou longilignes (avec un nez de longueur égale ou supérieure à celle du crâne), on imagine aisément que la surface à l’intérieur de celui-ci, pour récupérer et analyser les odeurs, est supérieure à celle de l’homme.  La zone d’analyse des odeurs chez le chien est d’environ 150cm² (avec des variations liées à la race et l’individu), alors qu’en comparaison, celle de l’homme ne s’étale que sur 10cm². De plus, elle contient cent fois plus de récepteurs pour fixer les molécules odorantes par unité de surface que l’homme (1 milliard de récepteurs au total contre 10 millions chez l’homme). Ces caractéristiques jouent un rôle dans le fait que le chien sente « plusieurs millions de fois » mieux que l’humain, avec des différences en fonction de la nature de l’odeur. Ce n’est cependant pas la seule raison car dans ce cas, le rat ou la souris, espèces avec un sens olfactif également très développé mais beaucoup plus petite, seraient largement désavantagées. Lorsqu’on regarde la surface représentée par la zone « olfactive » du nez d’un chien et que l’on compare cette surface à celle de son cerveau, elle représente 10.1% de la surface du cerveau (contre seulement 0.3% chez l’humain). Les informations transmises via l’olfaction sont donc proportionnellement beaucoup plus importantes chez le chien que chez l’humain.

Les chiens ne sont cependant pas tous égaux face à l’olfaction. De très grandes variations existent en fonction de la race : un Bouledogue français sent moins bien qu’un Labrador (à la base sélectionné pour chasser) ou qu’un chien de type Berger Allemand ou Berger Belge Malinois. Les femelles sont également plus performantes que les mâles en ce domaine. L’alimentation joue un rôle important : les récepteurs du nez étant des protéines, une carence alimentaire réduira leur production et diminuera les capacités olfactives des chiens. On sait également maintenant que certains acides gras alimentaires améliorent le processus. Enfin, l’environnement de vie et les apprentissages joueront un rôle essentiel dans la capacité du chien à détecter des molécules : plus on expose le chien à une odeur, plus il aura dans son nez les récepteurs permettant de la détecter (tout comme petit à petit l’humain détecte de mieux en mieux l’odeur d’une boulangerie associée à sa gourmandise).

Dans quels domaines les chiens de recherche sont-ils utilisés ?

Les chiens de recherche de personnes ensevelies, majoritairement utilisés par les pompiers en France,  sont utilisés pour retrouver des personnes vivantes suite à un effondrement, un glissement de terrain, un tremblement de terre… Tout comme les chiens recherchant des personnes suite à une avalanche, ces chiens travaillent sans avoir besoin de sentir avant un objet ayant été porté par l’humain recherché. Lorsqu’ils détectent une personne, ils s’arrêtent et aboient pour signaler à leur maître la présence d’une victime.

Le chien de piste, également utilisé pour rechercher des personnes, est capable de sentir et mémoriser l’odeur d’un humain  (en reniflant l’odeur d’un objet ayant été en contact avec la personne recherchée), et de remonter le chemin suivi par la personne dans le sens du déplacement de celle-ci jusqu’à elle. Cette méthode, utilisée principalement par la police et la gendarmerie, ne permet pas de travailler sur des effondrements, mais est très efficace pour retrouver des personnes égarées rapidement lorsque le dernier lieu où la personne se trouvait est connu.

Nombreux sont également les chiens à aider police et gendarmerie dans le travail de recherche de substances illicites (drogues), dangereuses (explosifs), ou autres (billets de banque…), le travail du chien étant toujours basé sur le même principe : il effectue la localisation et la signale à son propriétaire (aussi appelé conducteur) en effectuant un signe (appelé marquage). En fonction de la réglementation des pays, les douanes ont formé des chiens en réponse à leurs besoins : aux Etats-Unis par exemple, la Beagle Brigade (du nom de la race de chiens majoritairement utilisée par ce service : le Beagle) recherche les bagages contenant des denrées alimentaires interdites à l’importation.

Dans le domaine judiciaire, le chien est un formidable enquêteur capable de rechercher des indices sur une scène de crime. En France, la gendarmerie possède des Saint-Hubert formés pour rechercher des traces de sang ou un corps humain.

D’autres types de chiens de recherche existent bien que moins développés en France. Dans le domaine médical, ils sont utilisés avec succès dans le dépistage précoce du cancer de la prostate, des tumeurs vésicales, ou encore des mélanomes. Leur capacité à dépister précocement des molécules marqueurs de tumeurs dans les échantillons leur permettent une très grande efficacité dès lors  que la molécule en cause est déjà connue. En dehors du milieu hospitalier, des chiens sont formés pour venir en aide aux personnes diabétiques. Ces chiens d’assistance sont capables de détecter des variations importantes de la glycémie dans le sang de leur maître, et de l’avertir en changeant son comportement qu’il doit contrôler sa glycémie. Ils aident ainsi leur maître à éviter les comas diabétiques, et sont également capables d’alerter les secours en appuyant sur un bouton sur lequel le chien appuie avec sa truffe. Il en va de même sur le principe pour le soutien aux épileptiques.

Enfin, ils peuvent aider à la protection de l’environnement et du patrimoine. Aux Emirats-Arabe Unis, ils sont utilisés pour détecter des parasites dans les palmeraies afin de détecter les palmiers à traiter en priorité contre le ver du palmier dattier. En  Amérique du Sud, ils recherchent des espèces en voie de disparition ou leurs excréments. En Corée, ils recherchent les termites dans les temples afin d’éviter les effondrements.

Comment sont formés les chiens de recherche ?

Tous ces chiens de recherche sont formés avec un objectif commun : faire associer au chien le fait de signaler ce qu’on lui demande de chercher avec une récompense (jouet, nourriture). Dès le début de la formation, le chien va donc être récompensé à chaque fois qu’il signale à son maître la présence de ce qui est cherché. Le mythe qui veut que les chiens de recherche de produits stupéfiants soient drogués est donc totalement faux : les drogues ont des effets aussi  graves sur le chien que sur l’humain et il serait dangereux et totalement inefficace de les former ainsi. Jouer avec lui après qu’il ait trouvé la substance est par contre très efficace, et permet de maintenir son intérêt pour le  travail jusqu’à l’âge de la retraite (8 à 10 ans, en moyenne).

En plus d’apprendre leur travail « technique », les chiens doivent apprendre à l’effectuer dans les conditions environnementales qu’ils rencontreront. Un chien de recherche apprend donc à rechercher sur des terrains difficiles, de jour comme de nuit, et ce quelque soit l’environnement extérieur (chaleur, fumée, bruits…). En plus d’être des techniciens très pointus, ils sont donc également physiquement et mentalement préparés avec des plans d’entraînement physiques et nutritionnels leur permettant d’être disponible 24/24 et 7/7 au service de la société.