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THÈMES


Relations Homme / Chien

Vivre avec un chien, élever des enfants avec des chiens, côtoyer des chiens dans sa vie quotidienne…  sont autant d’occasions de construire sérieusement une relation équilibrée respectant à la fois les besoins naturels du chien et les exigences  de notre vie en société. Trouvez dans ces textes les informations, conseils et témoignages qui vous y aideront.

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Relations Homme / Chien

FAIRE DU SPORT AVEC SON CHIEN

Par Dr Delphine CLERO (maître de conférence en médecine sportive et du chien d’utilité à l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport-Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort)

et Pr Dominique Grandjean (responsable de l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport-Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort)

 

Pratiquer une activité sportive avec son compagnon à quatre pattes est une occasion de partager avec lui un moment de complicité et de bien-être.

Cependant, avant de commencer, il est nécessaire de bien choisir son (ou ses) activités afin qu’elle soit un plaisir pour le maître et le chien. Cette activité commune, bien pratiquée, permet de lutter contre la prise de poids de son compagnon, de renforcer son système locomoteur, et cardio-vasculaire.

Des capacités physiques variables en fonction de chaque chien

La plupart des chiens peuvent pratiquer une activité physique avec leur maître, que ce soit au sein d’un club canin ou non. Cependant, en fonction de la race, de l’âge,  ou de problèmes de santé diagnostiqués par le vétérinaire, elle doit être adaptée. Par exemple :

 -les races brachycéphales (type bouledogue) nécessitent une vigilance particulière car les voies respiratoires courtes peuvent les rendre sujet à des intolérances à l’effort surtout lorsqu’on leur demande un effort d’endurance ;

-les chiens ayant une maladie cardiaque ne doivent pratiquer que des exercices modérés, en fonction de la recommandation de son vétérinaire ;

-les chiens présentant des anomalies du squelette (dysplasie par exemple), ne peuvent pratiquer que des activités dans lesquelles sauts et vitesse sont évités. Pour ces chiens, les exercices aquatiques et de renforcement musculaire doux sont privilégiés;

-certains sports en club ne peuvent être pratiqués que par certaines races de chien (les sports de mordant). Il faut donc être propriétaire d’un chien des races autorisées pour pouvoir pratiquer la discipline souhaitée.

Il est donc nécessaire de bien choisir son type de chien en se renseignant auprès des éleveurs et des clubs canins (ou fédérations sportives), et de réaliser précocement un bilan de santé chez le vétérinaire pour savoir si les objectifs sportifs sont réalisables pour le chien.

Etre patient lorsque l’on adopte un chiot

Avant la fin de la croissance, le squelette du chien est encore immature et fragile. S’il est difficile lorsque l’on est sportif d’attendre la fin de la croissance du chien pour commencer à l’emmener courir, il est indispensable de patienter afin d’avoir un chien en bonne santé sur le long terme. Un chien qui commence trop tôt l’exercice physique, surtout s’il est de grande race, sera sujet à des troubles du squelette tel que la dysplasie entraînant le développement d’arthrose précoce, de fractures en cas de choc (les ligaments des jeunes sont plus résistants que les os en croissance), de fragmentation des os (ostéochondrose), de maladie des disques intervertébraux… Il est donc recommandé d’attendre l’âge de 8 mois pour les chiens de moins de 15kg, de 12 mois pour les chiens de 15 à 30kg, de 15 mois pour les chiens de 35 à 45 kg voire même 18 à 24  mois pour les chiens de race géante avant de débuter l’activité physique.

Avant cet âge, il est possible de commencer à préparer le chien à sa future activité en lui faisant rencontrer des terrains variés avec ou sans laisse, en lui faisant faire des exercices sur ballon ou objets naturels de faible hauteur (tronc d’arbre par exemple) ou des exercices d’assouplissement qui seront utiles plus tard lors de l’échauffement et de la récupération. Ces exercices, réalisés sans demander de sauts ou de vitesse élevée, contribuent à renforcer progressivement le système musculaire du chien, et développe sa capacité à bien poser ses pattes au sol de manière quasi-automatique (cette capacité s’appelle la proprioception). Ces apprentissages en plus des exercices classiques d’obéissance, renforcent le lien entre le maître et le chien. L’apprentissage se fait alors progressivement, en récompensant le chien chaque fois qu’il réussit un exercice (jeu, nourriture, caresses…), et en maintenant toujours l’envie du chien de réaliser les exercices.

Une préparation physique adaptée

Après la fin de la croissance, le début de l’entraînement physique s’intensifie. En fonction des objectifs, il se dirige plus vers l’endurance, la vitesse, la puissance, ou la résistance. Un minimum de deux entraînements répartis dans la semaine est nécessaire pour réellement faire progresser physiquement son chien. En dessous, les progrès obtenu sur la première séance sont perdus avant la seconde. Au départ, l’exercice est court et peu intense, comme par exemple  une course de 4 à 5 km à 8-10 km/h la première semaine (ou 10 minutes de nage), avec une température extérieure adaptée (15°C maximum).  Par la suite, la distance est augmentée progressivement, en évaluant après les entraînements (et surtout le lendemain) la démarche, et le comportement du chien. Il ne doit pas y avoir de boiterie, de perte d’entrain, de perte d’appétit  après l’activité si l’entraînement est bien conduit. L’augmentation de la vitesse se fait plutôt après quelques semaines d’entraînements, sur des chiens déjà bien musclés, afin de limiter les risques de traumatismes musculo-tendineux et osteo-articulaires. De même, un sport comme l’agility - dans lequel les sauts successifs franchis par le chien sollicitent fortement muscles et tendons - ne devraient se pratiquer que sur un chien suffisamment musclé et avec une bonne proprioception pour limiter les risques traumatiques.  Pour suivre l’évolution de l’entraînement physique, un suivi régulier de la fréquence cardiaque du chien avant effort, après effort, et au bout de 10 minutes de récupération permet d’évaluer de manière basique mais facile ses progrès. La motivation du chien est également un bon indicateur : son envie d’aller pratiquer l’activité est présente à chaque séance. Tout comme pour un humain, l’exercice physique comprendra une période d’échauffement d’au moins 10 minutes (marche, trot, exercices d’assouplissement, jeu de balle…) et une phase de récupération active (trot et marche)  qui limiteront les risques de blessures et courbatures.

En parallèle de cet entraînement, la nutrition est adaptée. L’eau est donnée à volonté, sauf dans l’heure précédant l’effort durant laquelle un maximum de 10 mL/kg est proposé  au chien en deux fois, afin de limiter les risques de dilatation-torsion de l’estomac lors de l’exercice.  Pour les chiens pratiquant un sport en compétition, ou ceux ayant plus de trois entraînements intenses par semaine, une alimentation adaptée hyper-énergétique et hyper-digestible, avec une densité énergétique élevée et une haute qualité des matières premières est conseillée. Ces aliments pour chiens actifs sont enrichis en matière grasse (autour de 20% en moyenne), en protéines de haute qualité, en protecteurs du cartilage, en vitamines et antioxydants, éléments importants pour soutenir la performance. Des suppléments destinés aux chiens sportifs existent également pour apporter une source d’énergie rapidement disponible avant effort (acides gras à chaînes courtes ou moyennes par exemple), recharger les recharges en glycogènes en post-effort (seulement pour les efforts très intenses chez le chien, celui-ci utilisant majoritairement ses réserves de lipides en course). Contrairement à l’homme (ou le cheval) qui transpirent pendant l’effort et perdent donc beaucoup d’ions, un apport en électrolytes (sodium, chlore, potassium…) après l’effort est fortement déconseillé car il risque d’entraîner une déshydratation de l’intérieur des cellules de l’organisme. Les repas sont idéalement distribués en deux fois par jour, dont un repas au plus tard trois heures avant l’exercice physique, et le second au minimum deux heures après la fin de l’entraînement.

Prendre en compte l’environnement

S’il est en théorie possible de pratiquer une activité sportive avec son chien toute l’année, il est important de prendre en compte l’environnement afin de prévenir les blessures et accidents. L’été, un chien non habitué ne doit pas être entraîné lors des heures les plus chaudes de la journée. Lorsque des compétitions nécessitent une activité à ces moments de la journée, le chien est progressivement habitué à pratiquer son activité sous le soleil, en commençant par de très courtes périodes de 5 minutes, en mouillant la nuque et la partie inférieure du corps, en vérifiant la température rectale du chien après son exercice (pas plus de 40.5°C après un exercice), et en l’hydratant au moins deux fois plus que les autres jours. Le coup de chaleur est une affection qui peut être mortelle, et nécessite dans tous les cas une consultation chez le vétérinaire. De grandes différences individuelles existent entre les chiens dans leurs capacités à lutter contre la chaleur. Certains chiens (et pas seulement les chiens nordiques ou les brachycéphales), sont incapables de s’y habituer et ne pourront pas effectuer d’exercices lorsqu’il fait chaud. Durant cette période, la nage reste l’activité la plus conseillée. Certaines vestes ont été développées pour faciliter la thermorégulation des chiens à l’effort durant cette période.

L’hiver présente quant à lui des risques traumatiques. Les sols salés sont très irritants pour les extrémités des pattes, et la neige peut entraîner des blessures sur les coussinets ou entre les doigts. Des onguents ou lotion tannante existe pour aider à renforcer les coussinets, mais la meilleure prévention de ces blessures est l’utilisation de bottines adaptées, qui protègent les pattes de nos sportifs canins. Elles sont facilement acceptées à condition d’habituer le chien progressivement au port de ces chaussures par courtes périodes de cinq minutes en libre ou en laisse avant de les utiliser dans l’activité sportive. Pour les chiens à poils ras, ou lorsque les températures sont très basses (<-15°C), un risque de gelures existent sur les flancs, le bout des oreilles ou de la queue… pouvant nécessiter l’utilisation de manteau ou cache oreille en prévention.

Pratiquer une activité physique avec son chien est donc possible pour tous les membres d’une famille. Correctement mise en place, elle est bénéfique tant pour l’humain que pour le chien, et renforce les liens dans le partage d’un effort commun.